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NVPL RCSEAnOt UBAAIHES

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5

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Prix » 3 HvTcs relié.

HISTQIRE

D E

F R A N C E,

Depuis ricablifTèmeocdela Monarchiei jufqu'au règne de Louis XIV.

Paf M. G AKViEK ^Hiflorlographe du Roi ^ & de Monjicwr pour le Maine & t Anjou ^ Infptcltut & ancien Profejjeur du Collège-- Royale de t Académie des Belles-Lettres^

TOME VINGT^^XIEMEé

^^rSAILLANT tt NYON/ rue Sainte Cfccz < Jcad-de-Bcauvais.

y Veuve DESAINT, rue du ïoia-^tine-

i. Jacques.

^ M. DCC. LXXVIII.

Avec Approbation j & Privilège du Rou

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T.-^K

(* A P P R O B A T l O N.

jyJovSj Commiflaires nommés pat dl'AflTemblée de MM. les Leâieurs & iProfelFeurs Royaux , avons lu le vingt- f cmauieme & le vingt-iixieme Volumes de la nouvelle Hiftoire de France ; Sc nous les avons jugé dignes de Tim- preffion. A Paris, ce 13 Avril 1778.

BOUCHAUD. VAUVILI^IERS.

E R Rji TA. Tome viifCT-ciNQuiEMi*^

•Page 143 , lig. JO, furtemherg , V^Fuftcnierg,

"?• 151 , lig..8, Hefdin^ ]i{tz Sain^Poi:

-p. î*^-, lig.'-i^, /a vote; liiez /a voir.

-P« 3f5 > l'Ç' ^3 > /ortune j UCcz fa fqrtunei

P. 361 , lig. derii.'*?'«/frM , liiez rfei.

P. 445 , lig. 17 , /wr la Somme , fifez yî/r la Canche»

p. 44V , . lig. 9 , c*eft apparemment ce même , lifçz c'ç/2

/e^/s rfc ce même. P. 4tf^> lig. ^69 iFhiiippe Stro^ii, lifez Xeon Sp-o\{u

Tome vinôt-sixieme.

Page 19 , lig. i6 , rwijp/f , lifcz nempVu*

P. 113 » lig. Il , remues , lifez réunis.»

P. 1x8^ lig. Il, <ii/ Gf«r, lifez de Gi<r.

P* 17X > lig. iS , /e Rhin « lifez /e Rhône.

p. 381 , lig. i^.> a Strasbourg y liiiz à Saveme*

P.^oi , li^. Il , ne maitAferoit pas fur la nation

effacez yûr. En^luûems endioits la VieuvilU « lifcz ViellfvUU»

HISTOIRE

HISTOIRE

D E

F RANG E.

HE N RI It.

irl E N R I , âgé de vingc-huît ans , par- '

vint au trône le 3 1 Mars , â pareil jour an. 1^47. qu'il étoit né. Des trois fils de Fran- Etat de u çois I , c étoit celui qui avoir le moins ^°"'' îéuiTi à lui plaire. Unç compUxion vi- ^Maahilu. goureufe , des traits réguliers , maïs -*^«f'n. de' lans expreffion , un air pelant, un main- ^"^M^Zf/dl tien timide & embarcafle , une paffion Fontanieu. démefurée pour les exercices du coips y peu ou point daptitude pour tout ce qui exige quelque contention d'efprit , n'annonçoàent aucune de ces qualités TcmeXXri. A

1 Histoire DE Franck» ^" " * brillantes qui avoient féduit la nmouk An. 1^47, en faveur du peie. On difoit que le jeune prince reflembloit à Louis XII , fon ayeul maternel. Si cette conformité ayoit d'autre fondement que quelques rapports extérieurs , on devroit regret- ter que la fortune ne leur eût pas mé- nage la même éducation : lame de Louis s'étoit fortifiée & épurée à l'école de ladverfité j celle de Henri dut s'en- gourdir & fe corrompre au fein des vo- luptés, dont Tarrificieufe Diane de Poi- tiers prit foin de l'abreuver.

Cette femme célèbre s*étoit montrée a la cour (bus le règne précédent à Toc- cafion la révolte du connétable de Bourbon , & avoir acheté , dit-on j par le facrifice de fon honneur, la grâce de Saint- Vallier fon père , le complice Se l'un des principaux agens de la conju* ration. Elle avoir dès-lors defiré de s'y établir, mais rappellée par fa famille , elle ne put réalifer ce projet , qu'après la morr de fon mari ., Maillé de Brezé , grand fénéchal de Normandie. Trou- vant François I engagé dans d'autres liens. Se Henri , fécond fils de France , trop négligé , elle voulut fe charger de fon éducation , & le demanda au rôi \ pour fon chevalier , en lui faifant en-

H ï N ÏL I 1 I. f

tendre que lamour croit le plus excel- "'^ .- lent maître pour aiguifer Tefprit & An. 1^7^ former le cœur d'un jeune homme» , Ceux cjui croyoient avoir deviné à quel prix Diane avoir racheté la vie de fou perc , & qui ne jugeoienr pas le nouveau commerce qu'elle lia avec Henri auflî pur & auflî refpeftuèux qu'on fe le figu^ roit dans ces iiècles de chevalerie , un mari ne s'ofFenfoit point de voir un autre chevalier paré djes couleurs de fa femme , s'indignoient de la monftrueufe complaifance du père & du peu de délicateiïe du fils : on jetta fur le lit de Henri un écrit , qui contenoit la malé- diftion de Jacob contre fon fils Ruben'. D'autres ne concevoient pas comment la mère de deux filles y déjà nubiles , avoir fu tellement captiver le cœur d'un prince dans la fleur de l âge 5 que tant qu'il vécut il fembla ne refpirer quô pour elle ; ils atttibuoient cet empire fi. entier & fi durable aux fortiléges & à la magie. L'étonnement ceflTe & tout rentre dans l'ordre , fi l'on réduit cette galanterie i un commerce de fentiment & de confiance : c'eft le fens que pré- fente une médaille fymbolique , fur laquelle la grande fénéchale eft repré- fentée avec tous les attributs de la chafte

A'z

4 Histoire de France.

Diane , foulant aux pieds l'Amour ,avec

An. 1547. ^^^^^ légende : j'ai vaincu le vainqueur du monde entier. Ajoutons que bien qu elle eût donné des preuves de fa fé- condité , elle n'eut aucun enfant du roi qui en laiffa un grand nombre de légi- times & de naturels : que dans un fiècle Ton étoit délicat fur tout ce qui tou- che Thonneur ^ deux princes de mai- fons fouvèraines ambitionnèrent de de- venir fes gendres : que les jeunes per- fonnes qui , fuivant lufage du tems , compofoient fa cour , & aevenoient en quelque force fes filles, appartenoient aux familles les plus diftinguées du royaume. Oc quelle apparence que ces familles lui euflTent confié des gages fi précieux,fi elle eût été auffi décriée du côté des mœurs , qu'il a plu à quelques fai- feurs de libelles de la reprefenter , fi elle n'eût çonfervé au moins de la dé- cence & jtpures les bienféances exté- rieures ?

Henri perdît dans le commerce de Diane la rudeffe & la férocité que le maniement des armes .& les autres/e:çer- cices violens auxquels il étoit fort adon- , n'euffçnt pu manquer de lui faire contraûer j il y puifa une affabilité ,xine égalité d ame &c une douceur de carac-

H £ H a I I L Y

lère ) qui ne fe démentirent dans aucun inftant de fa vie ; mais fans doute il y An. iS4?* puifa auflî cet efprit de difîîpation , ce goût de fafte & de repréfentatiod , 8c Cette aveugle prodigalité qui ruinèrent fes finances & préparèrent les malheurs des- rè{\nes fuivans j & dans ce fens oïl peut aflîirer que les avantages d'une pa- reille éducation n'en compenferentpomt les incpnvéniens : cette éducation ne fut pas la feule qu'on prit foin de lui pro- curer. Dès que la mort fon trere aîné l'eut approché du trône , Fran- çois I , qui jufqu'alors l'avoit peu confidété , voulut qu'il aflîftât à tous Iqs confeils , mais feulement pour écouter & pour s'inftruire : deux fois il lui confia le commandement général des armées, fous la dîredèion du con-' nétable de Montmorenci , & deux autres fois fous celle de l'amiral d*Annebaud : mais cet apprentiflàge propre à dévelop- per & à ifaire connoître a la nation les ralens de celui qui devoir la gouvetiier V ne fervit qu'à convaincre plus fortement le public & le prince lui-même du be- foin qu'il auroit toujours d'être gou- verné. Le connétable qui fous un exté- rieur rude & repouffant , cachoit toute la fouplefle d'un vieux courtifan , s'étoic

A3

Histoire de Frakce. bien établi dans fon efprit, qu'il ne An. if47.P^^^°^^ pafTèr un feul jour fans le voir ou fans du mbins recevoir quelques- unes de fes lettres. Auflî malgré la pro- ineflTe qu'il n avoir pu refufer à un père mourant de ne point fe fervir de Mont- morenci , commença-t-il par le rappeller de fon exil, le rétablir dans toutes {^s charges , & lui faire payer la fomme de ç«nt mille écus , à laquelle montoit le produit de cinq années de fes gages qu'on avoit ceflé d'acquitter depuis le. moment de fa difgrace.

Le premier ufàge que fit le connéta* ble de l'afcendant qu'il avoit fur Tefprit du roi , fut de lui perfuader de régler invariablement le tems & la durée des diverfes occupations qui dévoient par- tager la journée. 11 lui propofa pour mo- ^le ce qu'il avoit vu pratiquer dans fon jeune âge à la cour de Louis XIL JD'après les détails qui nous ont été tranfmis , il paroît que le lever du roi étoit a lept heures , que tous les féiçneurs & gentilshommes qui fe ttouvoient à la cour avoient la liberté d'entrer, que le roi pendant qu'on Tha- iilloit convcrfoit familièrement avec eux , fur-tout avec ceux qui étoient nou- vellement arrivés de leurs terres^ Se

Hekki II. 7

s'informoitavec foin de Tétat de leur fe- ,

mille & de tout ce qui j>ouvoit les inté- ^^ '^^^ refTer. II fe retiroit enfuite avec (qs qua- tre fecrétaires, fîgnoit les expéditions, entendoic le rapport des principales dé- pêchés de fes ambaflfadeurs ou des gou- verneurs de provinces, ordonnoir les réponfes , renvoyoit les plus difficiles au connétable ou à la difcuffiqn du confeil qui fe tenoit à la même heure dans une falle contigiie à fon cabinet. Il alloît y prefidre féance toutes les (ov% que l'importance des matières qu'on y traitoit exigeoit fa préfence. A dix heu- 1res il âllok entendre la meffe , accom- pagné du grand aumônier , des cardinaux & des cvèques qui étoient à la cour. Au fortir de la chapelle il fe mettdit à table , & après qu'on avoir deflèrvi il donnait hns fe dépkeer oiw coiarte au«- dtence à tocts c€ux de fes fuj^ts qui a voient des requêtes à lui préfenter ou quelque plainte à former contre fes of^ nciers: cm ne refuibit la porte à pér- fonne , ce qui contribuoit à retenir les dépofitaires de lautorité dans le devoir. De-là il paflbit dans fou cabinet avec un petit nombre courtifanâ fes favoris.

C'eft le tems que François I confa- crçit à la difcuflion de Quelques <}ue#-

A4

^ Histoire de France.

!■ ' ' tiens de littérature ou d'hiftoire naturelle An. If 47. qu'on avoit effleurées pendant fon dîner. Mettant à profit les méditations & les veilles de tout ce qu'il y avoit de favans dans fon royaume , il avoit acquis danis ces entretiens des connoiffànces qui paC- foient la portée dos efprits ordinaires , en s'épargnant le travail & les méprifes infé- parables d une étude folitaire. Henri fans curiofité n'éprouvoit pas le même befoin de s'inftruire ; foit à table , foit dans les momens de retraite , fes con- verfations furent moins férieufes , & jamais il ne chercha fes délaflTemens dans les exercices de Tefprit, Ce n eft pas qu'il méprifât les lettres ; témoin de 1 cclat qu'.elles venoient de répandre fur la vie de fon père , il continua de les pro- téger , & créa , comme nous lavons dit , deux nouvelles chaires au collège royal. Les favans d'ailleurs ne manquoient pas d'illuftres proteéleurs, les cardinaux de Lorraine, de Châtillon^ du Bellai, d'Ar- magnac , le chancelier Olivier , éc tout ce qu'il y avoit de plus diftingué dans le clergé & la magiftrature s'intéref- foieiu à leurs travaux, & cherchoient à fe les attacher par des bienfaits. La lit- .tératqre françoife malgré le peu de con-» iîdératipn dont elle jouiffoit encore^ fk

Henri !!• 9

dôs progrès affez rapides : tandis que! François Rabelais & Jacques Âmioc an, 1547, elïàyoient de répandre du nombre & de l'harmonie fur la profe ; Ronfard Se les fix autres poètes qui fbrnioient ce qu on nomma la Pleïade françoife , en- treprirent de donner des ailes à lia poé- fie. On peut dater de ce règne la re-« naiflànce de la poéfie dramatique parmi nous. Les &eres de la Paflîon forcés d'abandonner leur premier théâtre pour venir s'établir à Thotel de Bourgogne , n'obtinrent la liberté d'y donner des rej)réfentations , qu'à condition qu'ils puiferoient tous leurs fujets dans l'hif- . toire prophane : le parlement , par un arrêt , leur interdit la repréfentation de ces farces groffieres , moitié dévotes^ moitié bouffonnes, qui avoient jufqu'a-r lors amufé la pieufe iimplicité de nos aïeux, Etienne Jodelle & Robert Gar- nier furent les premiers qui prenant pour modèles les grecs & les latins, frayèrent la route a leurs fucceflèurs : leurs pièces charmèrent la cour & ville , Henri goûta fur-tout la Cléopâtre de Jodelle , & aflîgna à l'auteur une gratifi- cation de cinq cens écus fur fon épargne. Après une courte retraite , le roi luivi d'un grouppe de feigneurs fe rehdôii

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lo Histoire France. ; dans l'appartement de la reine , fi? Ak, 1547. trouvbient déjà raflemblées toutes fe^ dames & demoifelles de la cour. Là, chacun étoit libre de prendre part à Ist converfation générale, ou de fe livrer à. des entretiens particuliers que Tamour animoit quelquefois : c'étoit non-feule- ment une école de politeffe & d'urba- nké y mais une forte de foyer propre à enflammer les courages & à épurer les fentimens. Avant qu'on fe féparât le roi annonçoit le genre d'exercice auquel il deilinoit fa foirée : fi c'étoit à la chaffe , on indiquoit le rendez -vous , les dames ne manquoient guères de fe trouver j fi c'étoit à la paume ,ià Tef-^ crime , à courre la baeue , à rompre des lances , à dompter de jeunes chevaux » tout cela fe paffoic fous les fenêtres d'une gallerie , d'où elles pouvoienc commodément juger de la force ou de l'adrefle des combattans. Au refte , ces exercices varioient fuivant les lieux Se les faifons : dans les grands froids de l'hiver le roi & toute 'la jeune cour s'amufoient à glifler fur les étangs de Fontainebleau , la mal-adreffe Se la xhnte des novices apprètoient de grands éclats de rire aux fpedateurs. Si la neige iejoucnoit quelque tems fur k terre 00

H E N RI II. tl

tti formoit à la hâte une forte de baf-î lions & un prodigieux nombre de pe- An. iî47« lottes j la troupe partagée en aflàillans & en affiégés ofFroit l'image d'un aflàuc régulier. Tous ces exercices fournif- foient à la jeune nobleflè un mayen facile de fe faite connoître avantageufe- metit du monarque : il oublioit rare-* ment ceux qui s y diftinguoient* &C confondoit trop gratuitement > fans doute , la force & Padrefle avec le cou- rage & le mérite qu'elles ne fuppofent pas toujours. Ces paffe-tems divers faifoient place à un nouveau travail du roi avec £es fecrétaires , Se au confeik du foir qui fe tenoit comme celui du matin dans une pièce con-« xigiie à fon cabinet, mais auquel il affiftoit rarement. Le ibupé venoit en- fuite , puis un nouveau cercle chez la reine , & des dànfes <mi ie prolon*- geoient bien avant dans la nuit y le roi ^ en rentrant dans fon appartement , trou- voit fon ledeur , mais cette charge importante & difficile à remplir fous Louis XII & François I, perdit les fonc- tions fous Henri & fes iucceffeurs;

En confiant' à Montniorenci l'exer^- Difgracesac cice prefqu'illimité de l'autorité fouv ç-^fi^cut.ons

« ^ ,^ . 1 r > 1 ues anciens '

veraine> ie roi devmt > fans s en dou^Miniiixes.

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%i Histoire de France.

ter, le complice ou Tinflrument d*uii

-An. If 47. grand nombre de vengeances partkii- Br/carwf. Iieres. La. duchefTe d'Etampes avoic jc/i^"- principalement contribué à chaflèr le reur , addiu Connétable de la cour y elle en fut chaC- c^einTàu^' fée à fbn tour : mais foit qu on ref- Manufc'de peftât encore en elle la mémoire * i:t""Fl€«- '^^ > ^^^^ qu'on craignît en la pouffant ^fUl€» **"" à bout d'aliéner les familles puiflàntes auxquelles elle s'étoit alliée , on fe -contenta de la renvoyer à fon mari qu'elle n'avoir pas affez ménagé dans le tems de fa faveur. Celui-ci voulant fe relever de quelques engagemens oné- reux & injuftes qu'elle l'avoit forcé de contrafter , eut la baffefïè de lui in- tenter un procès , un grand nom- bre de courtifani, & le rot Jui-mème^ furent entendus comme témoins des violences & des menaces employées contre cet infonuné mari. Bientôt on la dépouilla des libéralités indifcrètes «d'un monarque qui ne vivoit plus: l'hôtel d'Etampes fut donné à Diane de Poitiers, &: la terre de Chcvreufe au cardinal de Lorraine. Pour indem- nifer le mari , & obtenir de lui une ceffioh volontaire de* fès prétentions fur le duché de Bretagne , le roi liii t^éda le comté de Pencbiévre i la té«

H E N R I I !• ' If

ferve de quelques places fortes fur les*

bords de la mer. An. iî47-

Si Ton crut devoir ufer de quelques ménagemens envers la ducheflè elle^ même, on s'en dédommagea fur fes panifans. Nicolas de Bofliit y feignenc de Longueval , étoit fon homme de confiance ^ on Taccufa d'avoir , dans la guerre de 1545 , fcrvi d'agent à la duchellè pour* trahir la France, & ré- véler à l'empereur les fecrets du cabi- net. Sur ce foupçon, il fut, traîné en -prifon, d'où il ne feroit point forti^ s'il n'eût mis dans fes intérêts le car- dinal de Lorraine , en lui cédant fa *belle maifon de Marchez : Gilbert Bayart, l'un des quatre fecrétaires des finances , que l'on commença fous ce Tègne à nommetjecrst aires c^état^ mou- <rut dans les fers , viârime de quelques propos kidifcrecs qui avoient été rap-

Çyah,% au connétable. Le cardinal de ournon , maître de la chapelle roi & chancelier de fon ordre , fut dé-

f>ouillé de ces deux offices , privé de abbaye Saint- Jean-des-Vignes & rayé ide la lifte des confeillers d'état. L'ami- ral d'Annebaud , l'homme le plus dé- iintérefFé & le meilleur citoyen du loyaume^.à qui François I avoir légu^

14 Histoire de Francs. cent mille livres par fon teftament^ fiir An. 1^47. fommé de fe démettre de loffice de maréchal de France , foas prétexte que cet office étoit incompatible avec celui d'amiral. Cène attaaue uniquement di- rigée contre lamirat , tourna .contre le connétable lui-même. L^ roi avoit 'pro- mis le premier bâton de mfféchal qui viehdroit à vacquer, à Saint- André fon favori & fils de fon gouverneur » Se à Robert de la Mark , prince de Sedan , qui avoit époufé la fille aînée de la grande fénéichale. Comme la mai- trefle Se le favori fâifoient valoir avec acharnement leurs prétentions , le roi qui ne vouloit défobliger ni Fun ni lautre fe trouvoit dans le dernier em- barras. On lui fit obferver que le feul moyen d*en fortir étoit d'engager Mont- xnorenci à fe démettre d un pareil office, comme avoit fait Annebaud , puiftjue le bâton de matéchal étoit cenfé bien plus incompatible encore avec la dignité de connétable , qu'avec celle d'amiral. Mais le roi n'ofoit ni en faire la pro- pofitioh à fon compère , ni même au- torifer celui qui auroit la hardiefle de fe charger d une pareille commiflîon. 11 fallut que la Vieuvilie parlât en fon propre nom : Montmorenci , qui mal*

H £ N R Z I L 15

gté tout fon crédit redoutoit la grande f^

lénéchale , céda le titre de cet office an. 1547- & conferva les appointemens; Au refte la, dîfgrace de lamiral & du cardinal ne fut pas de longue durée : la protec- tion de Catherine de Médicis fit ren- trer Annebaud dans le confeil \ la con- fidération que Tournon ac<juit dans le facré collège , & le zèle patriotique avec lequel il continua de fervir l'état , for- cèrent le roi & le miniftere à lui faire une forte de réparation. Ce fut fans retour que le brave de Taix , colonel- général de l'infanterie françoife & grand- maître de 1 artillerie , fe trouva deftitué de ces deux emplois : le premier fut donné à Gafpard de Coligni , neveu du connétable , le fécond , à Charles de Coflc , feigneur de Briflàc , colonel de la cavalerie légère. D'Efcars , Gri- gnan , Tavannes & le capitaine Polin > cuii avoient oublié le connétable dans (a difgrace, perdirent pareillement leurs emplois.

Deux viûimes non moins illuftres Prochcà- offrirent un exemple bien plus ef- "?*?; "^^^^T; trayant des orages de la cour & de du Maréchat l'inftabilité des grandeurs humaines.**" ^^"' Oudard Dubiez, gentilhomme de ^i-^t^tti çardie , s'étoit élevé par de longs fer- Dupw, nr

i6 HiSTOiRB DE France. vices aulc premiers honneurs militakes. An. If 47. Il jouifibit d'une telle réputation de eueîi depr. bravoure & d'habileté , qu'en 1 5 3 S , ^'iSiw/c.éfe^^^^Çois I la voit tiré de la ville de Srienne. Boulogne , dont il étoit gouverneur , polit lui confier les opérations du camp de la Durance , & que le dauphin Henri, qui faifoit alors fes premières armes , avoir voulu recevoir de fa main l'ordre de chevalerie. Dubiez fe com- porta avec tant de fagefle , cj^'ïl parta- gea avec Montmorenci la gloire d'avoir lauvé la France en faifant échouer tous les projets de l'empereur. Après la dif- grace du connétable , Dubiez , regardé comme le plus habile général ae la France , &c honoré du grade de maré- chal , fe trouva chargé des commiflîons les plus difficiles. Ainfî lorfqu'en 1545, on rut obligé d'oppofer toutes leà forces 4u royaume à l'empereur qui avoir pé- nétré fort avant dans Ia~ Champagne , on laiflà foin à Dubiez de défen- dre la Picardie contre les tçoupes réu- nies du roi d'Angleterre & des Pays- Bas , & on n'eut à lui donner que les garnifons reparties dans les différentes places de cette ftontiere. Prévoyant avec la faeaciré ordinaire que Teffort des en- iienus tomberoit for Boulogne & fut

H £ N R I II. 17

"Montreuil , il âvoit confié la garde de ; cette première ville qui éroit bien for- an. IÎ47. tifiée , à Jacques de Couci , feigneur de Vervins fon gendre , déjà fignalé par la défenfe de Landrecies contre toutes les forces de TempereuB , & étoit venu fe renfermer dans Montreuil qui avoir été prefque auffi-tôt invertie par le duc de Norfolk Se le comte de Bures. Malgré la foiblefTe de la place , il avoir foutenu un fiégè de près de -quatre mois & forcé Tennemi a la re- traite. Vérvins avoir éré moins habile ou moins heureux : affiégé pendanr fîx femaines , par mer Se par terre , pat le roi d'Anglererre , après avoir fou- tenu un aflaut meurtrier qui dura fept h huit heures , voyant fa garnifon af- foiblie, les murailles ouverres en plu- fieurs endroits , & n'ayant aucune ef- pérance de recevoir afTez promptement des fecours , il avoir livré la place à Tennemi malgré les larmes & les re- préfentations des bourgeois qu'on for- çoit d'abandonner leurs foyers. Le pre- mier foin de Vervins avoir été de cou- rir au-devanr de l'armée du dauphin , qui s'avançoir rrop rard au fecours de la place , & de lui fuggérer un moyen de la reprendre , qui auroit réufli i&-

i8 Histoire de Frakcr faillîblement , fi Texécution en eût crc An. if47. mieux concertée. Depuis ce tems il avoit continué de fervir dans Tarméc de fon beau-pere , employée à com- battre les Anglois fur les frontières de Picardie , & à reprendre fur eux la ville de Boulogne : quoique Dubiez n eût pas réuffi dans cette dernière com- mîffion , il n'avoit point ceflc d'être honoré de la confiance de fon maître. Après la mort de François I , Ver- vins expofé au reflfentiment & aux cla- meurs des malheureux habitans de Boulogne , réfugiés dans la capitale, effraye des rigueurs qu'on exerçoit con- tre tous ceux qui avoient eu part à ladminifiration fous lancien règne, & croyant avoir à fe défier des dif- pofitions de quelques-uns de ceux qui avoient en main l'autorité , prit le parti de fe retirer pour quelque tems en Lorraine. Cette démarche fufpeûe en- hardit fes ennemis ; on le déféra com- me coupable de crahifon, & on le.fom- ma , s'il fe fentoit exempt de tout re- proche à cet égard , de venir fe juf- tifier en préfence du roi. Il ne balança Das fur la parole du maréchal de la Matk de fe rendre à Compiegne il fut arrêté , & avec lai le maréchal

ÎI E N R I I I. î J

Dubiez fon beau-pere , qu'on n'ayoit *:

fioint accufë jufqu alors. On créa pour an. 15^47. es juger une commiflion compofce de maîtres des requêtes , de quelques mem* bres du parlement ou du grand-confeil y & dirigée par Raimond , premier prcfi- dent de Normandie. Le vrai crime de Vervîns confîftoit à n'avoir pass déféré au voeu des bourgeois qui vouloient ou fauver Boulogne ou s'enfévelir fous £es ruines. Mais étoit-il obligé de céder à un mouvement de dcfefpoir , s'il ju- geoit qu'une plus longue réfiftance ne lauveroit point la ville & feroit égorger des milliers d'innocens ? Il n avoir agi que par l'avis du confeil de guerre > & dès-lors il étoit à l'abri de tout re- proche. Dans Fimpoflîbilité de le coih damner fur ce chefd'accufation , on em- Boifonna les relations indifpenfables que le commandant d'une place aiffiéeée eft forcé d'entretenir avec le chef des a& fiégeans , & Ton fit entendre des té- moins qui affirmèrent avec ferment que Vervins avoir reçu du roi d'Angleterre des flacons rempli d'or , & que le ma- réchal étoit complice de cette trahifon* Sur cette inculpation Théritier d'un nom illuftre fut traîné fur un échaf- faud on lui trancha U tète* Le pro^

20 Histoire de France» ces du maréchal fe prolongea encore An. If 47. deux ans fans que ranimoficé de les ennemis fe refroidît. Enfin le 5 Août 1 5 5 1 , il fut déclaré coupable de pc- culat & de trahifon y condamné à cent mille livres d'amende , à perdre la lête & à être fufpendu au gibet de Montfaucon. Cette fentence ailoit être exécutée , lorfque le roi touché d'mi refte de compaffion pour fon père adoptif dans la profemon des armes , & craignant que le fupplice d'un ma- réchal de France n'imprimât une forte de décrilTure au corps de la noblede firançoife , commua la peine en une prifon perpétuelle : on ne tarda pas même à rendre la liberté à un vieil- lard octogénaire , & il vint mourir dans fa maifon du faubourg Saint- Viftor. Cinq ou fîx ans s'étoient écou- lés , lorfque Médard Pépin , Becquet ÔC Jean de Bourionne , dit le chanoine hotte j fe trouvèrent impliqués dans un autre affaire Se pendus comme faux témoins. C*étoit principalement fur la dépofition de ces trois fcélérats qu'on avoit condamné l'infortuné Dubiez & ion gendre. Cette affreufe découverte

E répara les voies à la réhabilitation de ii^t mémoire , & en 1575 > Jacques

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de Couci , fils de Vervins , obtint de Henri III des lettres-patentes qui abo- A». 1147. lirent toute cette procédure , & leur fit célébrer de magnifiques funérailles.

Un procès non moins important j^aflàcre par fa nature & par la multitude de desvaudois. perfonnes qui s'y trouvoient i^npli* ?'° ^^^^"^^^^ quces , partageoit alors l'attention du trc leurs pcr- pubUc. Un refte des anciens Vaudois ^*^"^^""' échappé aux perfécutions du treizième GLffre^\ fiècle , vivoit ignoré dans lès qox2e%Hfl''deFtof* des montagnes qui leparent ie Dau* hiftoirt dis phiné di> Piémont. Leqr unique occu* ^^^- . pation étoit de paître leurs troupeaux /iiyy.^'^atfit & de cultiver en paix les déferts qu^ ^*« V^^* leurs pères avoient défriches : feulement ils s'afleml^loient à certains jours pour prier en commun & recevoir de leurs Barbes des explications fur les livres de l'ancien & du nouveau Teftatnent, mêlées d'inveâives contre le pape, les cardinaux , le^ moines &: tout le clergé de réglife romaine. On les avoir per* dus de vue depuis quatre fiècles, Jorf* que le pape Innocent VIII , fur la dé- nonciation de quelques évêques du Dauphiné , députa , en qualité de légat, fous la minorité du roi Charles VllI ^ Albert de Catanée , archidiacre de ,Cj:émooe> av^c de pleins^pouvoirs pour

Il Histoire France. Tes réconcilier a l'églife , s'ils faifoient al>- An. if47. juiation , & un ordre de les exterminer , s'ils demeuroienc opiniâtres. Madame d^ Beaujeu qui avoit alors le plus grand in^ térêt de ménager la cour de Rome , permit au léeat de fe £dre accompa-* gner par les milices des provmces vol-- fines. Catanée , avec une e(corte formi- dable , ^nétra inopinément au centre des habitations vaudoifes. La furpcife & Teffroi arrachèrent aux plus foibles toutes les abjurations quoa leur pref- aivit : la plupan prirent la fuite ^ ceux qu'on put arrêter fiirent impitoya-* blement maflàcrés ; les plus agiles gra- virent fur des montagnes efcarpées Ton défefpera de pouvoir les attein- dre. Après le départ du légat ces mê- mes vallées fe repeuplèrent de Vaudois , & le parlement de Grenoble, fur les dénonciations de quelques voifins avi' des ou mal intentionnés , les cita à comparoître & inltruifit contr'eux un grand nombre de procès. En 1501 3 Louis XII traverfant le Dauphiné à la tête d'une armée qu'il conduifoit en Italie , fut fupplié d'employer une par- tie de fes forces à purger la province de ce dangereux levain. Avant que de fe porter concr'eux à aucune violence ,

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il voulut saffiirer s'ils écoient coupa- bles , & fe défiant de tous les rapports. An. if4f. il députa Guillaume Parvi,fon confeC- feur , & Adam Fumée , maître des re- quêtes 5 pour vérifier fur les lieux tous les chefs d'accufation. Soit que ces di- gnes miniftres d'un roi clément ne cher- chaient point trop curieufemenr à trou- ver des coupables , foit que le voifinage de l'armée, forçât les Vaudois â diffi- tnuler leurs fentimens , le rapport fut fi favorable que Louis s'écria en jurant , ils font meilleurs chrétiens que nous : car dans les principes de cette ame fimple & compatiflante, aimer fes frères , pra- tiquer les vertus fociales , étoit une loi du chriftianifme encore plus indif- penfable que la croyance àos vérités Ipéculatives. Il ordonna qu on rendît /

aux Vaudois les biens qu'on leur avoit enlevés , défendit qu'on les inquiétât i l'avenir , & fit jetter dans le Rhône toutes les procédures déjà commencées» Ils vécurent pendant -plufieurs années dans une paifible obfcurité : heureux s'ils l'euflent toujours chérie!

Vers l'an i^^ > ^^ \>t\xvi du protef- tantifme <pii oouleverfoit la Suiffe & l'Allemagne retentit jufque dans leurs vallées* Us apprirent que des doâeucs

14 HisToiRH DE France.

accrédités déclâmoient avec le plus grand An. if47.fuccès contre le pape , le clergé féculier & régulier de Téglife romaine ; qu'ils condamnoient les vœux , profcrivoient les reliques , traitoient d'idolâtrie le culte des images , l'invocation des iaints, le facrihce de la mefle, rejec- toient la tradition , & nejpropofoient pour règle de foi que le fymbole. des Apôtres , & les livres faints. traduits en langue vulgaire. C'étoit précifément ce que Valdo avoir enfeigné , trois fîècles auparavant , & ce qu'ils avoienc toujours cru depuis. Ils députèrent quel- jques-uns de leurs Barbes pour confé- rer avec les nouveaux dofteurs. Bucer & (Ecolampade , auxquels ils furent adreffés , faifîrent avec d'autant plus de tranfport cette découverte , qu'ils trurent y appercevoir une réponle au reproche d'innovation , & au défi qu'on leur faifoit d'aflîgner fur toute la face de la terre , une feule églife vifible qui eût enfeigné la même dodrine qu'eux avant la tiaiflance de Luther. XJne fois enté fur les Vaudois, le pro- teftantifme acquéroit déjà rrois fiècles d e^iftence , & Ton ne défefpéroit plus, à l'aide de quelque autrç leâie perfé- ciitée > de le porter jufqu au tems des

apôtres ,

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apôtres , ou du moins jûfqu'à ces fiècles "^■— * de corruption & de ténèbres, Tarn- an. 15-47. bition des papes , la fuperftition des moines & l'ignorance du clergé fécu- lier avoient , lelon Luther , défigure Tc- glife , & rendu le chriftianifme mé- connoiflable. Les Vaudois de leur côté ambitionnèrent de fe lier à des réjpu- Miques puiflantes , qui leur oflFroient ou des intercefleurs ou des afyles con-' tre une nouvelle perfécucion. Mais pour rendre cette liaifon étroite & durable , il falloir être d'accord fur tous les points de doârrine , & il s'qïi trouvoit un aflez grand nombre dans la réforme que les Vaudois ne pouvoient adopter fans déroger à leur ancienne croyance. Ala fin ils cédèrent aux inftances réité- rées de Bucer , de Calvin & de Virer ^ & fîgnerent un traité d'union. En adop- tant les dogmes des réformés ils ne furent pas le préferver de leur efprit d'indépendance. Devenus aufli jaloux de fe montrer, qu'ils l'avoient étéjut- qu'alors de fe cacher y ils firent imprimer leur profeffion de foi & leur liturgie à Neuchâtel , donnèrent plus de folem- nité à leurs aflemblées , & ne crai- gtiirent plus dfe laifler appercevoir les Tome XXFI. B

i6 Histoire de France. progrès de leur population. Outre leurs An. If 47. anciennes vallées, ils poflTédoient dans le comcatVcnaiflîn, la petite ville de Cabriere, dans la Provence, le gros bourg de Mérindol & environ trente villages. Les prêtres 8c les moines qu'ils régacdoient comme leurs efpions & leurs délateurs , ne furent pas en fiireté au milieu d eux ; fur les plaintes de lar- chevcque d'Aix , le parlement de Pro- vence donna en 1 5 40 , un décret d*a- journement contre dix-huit des prin- cipaux hâbitans de Mérindol , qui n'ayant ofé comparoître , furent décla- rés rebelles à la juftice ; 8c faute de pouvoir être arrêtés , bannis à perpé- tuité de toute l'étendue de la provih- ce, & attendu^ ajoute Tarrêt, que le Heu du Mérindol eji notoirement la re- traite & le réceptacle de tous ceux qui prbfejfent ces feEles damnables & réprou^ vécs ; lu cour ordonne que ce lieu fera rendu défert & inhabitable ; que toutes les maifons feront brûlées & démolies ^ & que tous les châteaux j retraites & bois feront rafés à deux cens pas à la ronde. Cet arrêt ne pouvoit être exé- cuté qu'avec le fecours des milices de la province \ le comte de Grignan , qui en étqit gouverneur., refufa de ptc-

ter main-forte aux officiers du parle- ment, s'il n'y étoit autorifé par un or- an. if47- dre exprès du roi, François 1 5 indécis en- tre le parlement qui demandoit rexccu* tion de fon arrêt , & les Vaudois qui en follicitoient la caflàtion , chargea Guillaume du Bellai , gouverneur de Piémont & voifin de la Provence , de prendre fur les lieux de nouvelles in- formations. Il réfulta de fes recherches que il les Vaudois erroient dans plu- ueurs points de leur croyance , ils étoient irréprochables dans leurs mœurs , labo- riei|x , fobres , charitables , fujets fidè- les, n'ayant d'autre ambition que de mettre en valeur les terres en friche qu'on vouloir bien leur vendre ou leur céder ; qu*à force de foins ôc de tra- vaux ils faifoient régner l'abondance par- tout où ils s'établitlbient : que leur in- duftrie enrichiffoit les propriétaires qui '

leur cédbient des terres a cens ou à bail emphithéotique : qu'une terre ac- ' cenfce auparavant quatre écus par an 3 en rapponoit jufqu'à trois cens cin- quante: qu'ils ac^uittoient fans aucune efpèce de contrainte les droits du roi & les redevances feigneuriales , exer- \ çoient Thofpitalité autant que le per- mettoient leurs facultés , Se n'avoient

Bi

i8 Histoire DB France. parmi eux aucun mendiant : qu'on dî- An. 1547. ioit à la vérité qu'ils entroient rarement dans les églifes , &c que fi cela leur ar^ rivoit , ils prioient Dieu les yeux bailles contre terre fans regarder ni faînts ni faintes ^ qu'ils ne prenoient point d'eau bénite, ne connoiffbient m pèlerina- ges ni neuvaines,ne faifoient dire de mefle ni pour les vivans ni pour les morts. Sur ces informations le roi vou- lut bien leur' accorder des lettres de Î;race ou plutôt de furféance j car il eur étoit enjoint de fe préfenter per- fonnellement dans le terme de trois mois , devant l'archevêque d'Aix, pour demander d'être réconciliés à. Téglife ; ce terme expiré , il étoit permis au parlement de les pourfuivre dans la rigueur des ordonnances , avec in- jondion à tous les officiers civils Se militaires de lui prêter main-forte. Les Vaudois ne firent point d'abjuration. Se cependant ceflerenc pendant quel- ques années d'être inquiétés. Voici la caufe d'une tolérance fi inattendue j quoique puérile & minutieufe 5^ elle n'eft pas abfolument indigne de trou- . ver place dans l'hiftoire, puifqu'elle peint les mœurs du fiècle.

Chaflànée , premier préfident de Pro-

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vence , avoit publié un gros livre f * ) , *■— il raconte que dans le tems qu'il exer- an. ïj-iy. çoic à Autun la profeflion d'avocat , il pullula tout-àrcoup une fi grande mul- titude de rats y que les campagnes fu- rent dévaftées & qu'on craignit une difette générale. Comme les remèdes humains paroiflbient infuffifans contre ce fléau , oh eut recours aux furnatu- rels 'y le grand-vicaire fut chargé de les excommunier. Pour rendre cette excom;- munication valide , on crut devoir fui- vre toutes les formalités de l'ordre jur diciaire. Sur la plainte rendue par le promoteur y les rats furent affignés à comparoître : après les <